écrire : 3

06oct08

À six mois d’écart, après relecture du texte, je pense que je vais y comprendre quelque chose à ce qui se trame dessous. Sûrement pas. D’ailleurs il ne me plaît plus tant que ça. Je le trouve « jeté sur la page », une tête louche pas très « écrivaine sérieuse », pas « littérature » pour un sou. D’aucuns diront « tant mieux ».

Il faut se rendre à l’évidence : le petit texte à moi devra bientôt se passer de moi, devenir livre. Il est déjà sujet de conversation.
« Alors ton livre, ça avance ? »
Je lui raconterai que même avant sa naissance il occupait de l’espace, du langage, faisait vibrer ma langue.
Eh bien le livre, il avance pas à pas.

Donc le petit texte qui faisait énormément plaisir ne plaît plus du tout. Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne va pas. C’est bien triste, bien frustrant s’il doit être livre. Alors, je le tapote, le tripote, tripatouille dedans à pleines mains. À tous les coups ça rate, ça n’a plus rien à voir. Et c’est là que me vient un décisif « trop nul, la littérature » qui fait passer la goût de l’écriture. L’écrivaine injurie tire la langue, le temps s’en fout roule sa bosse.

Mais lorsqu’il y a l’éditeur qui attend le livre parce que le texte lui a plu, c’est une toute autre histoire. Ce n’est pas le moment d’envisager une possible reconversion dans la pêche aux crabes. L’éditeur n’est pas forcément pour et se souvient avec nostalgie de son petit livre à moi, il l’attend.

Il ne reste que deux mois, il faut donc me ressaisir, me souvenir de ce petit texte qui me plaisait tant. J’écoute, lis, suis les conseils de l’éditeur qui n’a pas la mémoire courte et avait vu le livre dans le texte, bien avant l’écrivaine. Je n’étais pas d’accord, mais bon au final je dis : « l’éditeur avait bien raison ».

Et j’ai bien hâte d’être fin novembre pour montrer fièrement à l’éditeur le livre avec une tête, deux bras et deux jambes. Tout ce qui se trouve entre ne le regarde pas, c’est juste pour le lecteur.
C’est l’éditeur qui va être content.

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4 Responses to “écrire : 3”  

  1. et me vient l’envie, peut être irrationnelle, de savoir ce qu’il y a entre

  2. 2 béatrice rilos

    des histoires de systèmes circulatoires et d’organes, rien de très folichon.

  3. 3 pop

    et c’est là que la souplesse de l’écriture écran comme un livre que l’on reprend sans cesse s’avère salutaire.
    Je me posais la question moi avec mes tableaux qui se voulaient des images pleines et finies, franches et autonomes. Est-ce que l’écrivain cherche dans le livre cette accomplissement spatial? Et subsidiairement, faut-il chercher une forme qui s’adapte à la souplesse du monde à notre incapacité à être définitifs ou au contraire opposer à cela des blocs fièrement dressés, des menhirs?

  4. 4 béatrice rilos

    “fièrement dressés” ? Ce n’est pas mon genre.
    Juste debout, ce serait largement suffisant.


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