collectes et cartons
Une installation contenant mes objets.
(clic droit sur l’image pour l’agrandir)
ajout du 17/02/08
J’ignore pourquoi j’accumule, conserve tels quels ou transforme certains éléments, bouts de rien. Je les ramasse dans la rue (plumes), les collecte après avoir mangé (graines, arêtes…), les capture et/ou les élève (blattes, araignées…). Je les observe.
Toutes ces petites choses, ces petits êtres qui tiennent dans le creux de la main, que je garde dans des bocaux, dans des boîtes en carton sur mon balcon, dans mes tiroirs.
Cela fait six ans, peut-être plus que j’amasse mon trésor. Je m’en occupe avec autant de soin que de mes cactus, de mon araignée domestique.
Pour montrer tout cela le mot « pudeur » me vient immédiatement à la bouche. Je n’aime pas les exhiber. Alors j’ai récupéré de plus grands cartons, les ai « décorés », y ai placé mes objets, au creux.
Il y a ma « tête de nègre » qui me suit sur toutes les faces. Elle sait la gravité de ce qui se joue là.
Je couds la peau des fruits, enroule le tissu, polis les noyaux, perce les os, plonge les cheveux dans la cire, lie les rognures d’ongles entre elles, avec le coton absorbe le sang.
Les restes.
ajout du 02/06/08
Il y a un an, j’avais acheté un drap blanc en prévision de je-ne-sais-quoi. J’ai dormi tout le mois de mai dedans. J’en ressentais le besoin ; toutes les bonnes choses comme les besoins ont une fin.
Depuis deux jours, je m’acharne à coudre, à fixer sur ce tissu mes objets. Ce sont des cadavres. Plutôt, des momies. Ils sentent la mort. Et moi qui n’arrive jamais à obtenir un sommeil réparateur. Mes nuits sont peuplés de cauchemars. Au matin, j’ai toujours l’impression d’avoir laissé dix ans de ma vie là-bas. Si je dois utiliser mon réveil, c’est encore pire : je dors mal car j’ai peur de ne pas me réveiller.
J’ai pensé que tout ce que je perdais dans mon lit, le drap pourrait le récupérer. Coudre de petits objets, ça n’avance pas vite et j’ai de grands doutes sur le résultat à venir. C’est peut-être bien n’importe quoi mon projet. Mais bon, à ne rien tenter je ne risque pas de trouver une solution.
Toutes ces boîtes à chaussures m’encombrent. Ça en devient même ridicule : je suis contente d’en avoir une nouvelle car je me dis que je pourrais y mettre de nouveaux objets. Ce n’est quand même pas le but visé : je veux juste pouvoir les montrer afin de m’en décharger. Souvent je m’oublie, j’emploie le verbe « débarrasser », j’en est honte.
Ça n’avance pas vite, je suis impatiente. Comme les boîtes sont stockées sur mon balcon, tout ça n’est pas bien propre. J’ai les mains sales mais je le vis relativement bien, moi qui ne peux pas toucher le sol et passe mes journées devant le robinet. J’y survivrai.
Je ris lorsque je sors les objets et qu’en les cousant j’aperçois les insectes qui y avaient élu domicile se promener sur le drap. Je m’en excuse auprès d’eux. C’est tout de même dommage, ils ont bien travaillé. Ils ont laissé leurs traces : cocons, mues, pupes sont pris dans le coton, des trous de toutes sortes ont été infligés aux graines, noyaux et aux os.
Je manipule le drap avec le même soin que les objets. Fragile et dangereux. Précieux.
En attendant, je fais toujours pousser mes cactus sur le balcon alors que le reste pourri et sèche à côté. Ma soixantaine de cactus, plus une intruse : elle est sortie de terre un jour dans l’ombre d’un cactus, je l’ai gardée lors du dernier rempotage. Une plante verte, elle grandit vite. Je me demande bien de quelle espèce il s’agit. Enfin, cela n’a pas vraiment d’importance : pour moi l’essentiel est que cela vive.
Cela me rappelle qu’il ne faut pas que je tarde trop à nourrir mon araignée.
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