aujourd’hui : 7

Erratique a 3 ans et pour fêter ça dignement rien ne vaut l’absurde.
Je vous invite donc à prendre connaissance de ma correspondance au sujet de Serge le cactus, qui a été baptisé ainsi par son nouveau propriétaire, je ne peux même pas critiquer ce choix vu que ma cétoine dorée s’appelle Moïse.

Attention : ce qui va suivre est un bon exemple de ce qui se produit lorsqu’un écrivain n’écrit plus. À bon entendeur…

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Dim 21 novembre 2010, 12h 43min 48s
De : B. R.
À : T. F.
Objet : 21/11/10
Nous sommes le 21 novembre, Journée internationale du (petit) cactus et du pirate.
Nous détenons un otage (cf. photo), nous vous ferons parvenir nos revendications ultérieurement.


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Lun 22 novembre 2010, 10h 38min 21s
De : B. R.
À : T. F.
Objet : 21/11/10
Nous étions le 21 novembre, Journée internationale du (petit) cactus et du pirate.
Nous détenons toujours l’otage, afin de garantir sa sécurité vous devrez respecter à la lettre nos exigences car nous ne reculons devant rien pour le torturer psychologiquement, pas même devant le ridicule (cf. photo certifiée sans modifications infographiques).
Nous vous ferons parvenir nos revendications ultérieurement.

PS : non, les ravisseurs n’ont pas 6 ans et demi.

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Mar 23 novembre 2010, 11h 09min 58s
De : B. R.
À : T. F.
Objet : 21/11/10
Nous étions le 21 novembre, Journée internationale du (petit) cactus et du pirate.
Malgré votre réponse positive d’hier soir nous resterons vigilants quant au respect scrupuleux des modalités de l’échange. Nous continuerons donc à torturer psychologiquement l’otage jusqu’à ladite date afin de nous prémunir contre tous actes inconsidérés de votre part (cf. photo certifiée sans modifications infographiques).
Nous nous tenons prêts pour le rendez-vous.

PS : non, les ravisseurs n’ont jamais eu “un grain” ni “une araignée au plafond”.


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Sam 27 novembre 2010, 19h 31min 05s
De : B. R.
À : T. F.
Objet : 21/11/10
Nous sommes satisfaits quant au déroulement de la libération de l’otage, même si les rançonnés se sont encore une fois débrouillés pour écourter le processus. Nous sommes des ravisseurs, certes, mais nous avons décidé d’un commun accord de nous montrer magnanimes, aussi il n’y aura pas de représailles à ce sujet.
Nous souhaitons à l’otage de bonnes séances à 5 euros !

[aujourd'hui : 6]

écrire : 10

J’avais cru, du fait de mon mois de vacances bien mérité en juin, pouvoir retravailler De long échos qui de loin se confondent. J’ai été vite détrompée.
Je n’arrive pas à ouvrir les fichiers en question : tout est écrit, il n’y a plus qu’à assembler, couper, ajouter, corriger, vérifier… Ce que je préfère d’habitude.
Si j’ouvre ces fichiers c’est :
1) pour m’assurer qu’ils n’ont pas été supprimés par un acte malveillant dépendant uniquement de la volonté de mon inconscient.
2) pour les refermer une ou deux heures après, sans avoir vraiment obtenu un résultat probant.

Quelque chose comme de la lassitude ou de la paresse.
J’ai été bien inspirée de dire à Christian Boltanski que je lui enverrai le manuscrit début septembre.

Comme je n’arrive pas à m’y mettre je pense. Grossière erreur !
Je me demande pourquoi j’écris, pour qui j’écris, qui de la poule ou de l’œuf a engendré l’autre (il paraîtrait que cela vient d’être résolu), si l’univers disparaîtra de sa belle expansion ou de sa sublime compression, si les ennemis de mes ennemis sont réellement mes amis, si je n’aurais pas mieux à faire de ma vie que d’écrire, si cela en vaut vraiment la peine, si ce que j’écris a de la valeur…
Entre temps j’ai obtenu une réponse à la dernière question : à ma demande j’ai reçu par e-mail mon relevé des ventes 2009 pour Is this love et à ma demande par la poste le chèque correspondant : ce n’est pas glorieux. Prenons un exemple concret, le titre de transport, je n’ai même pas gagné assez pour me rembourser un mois d’abonnement au forfait annuel.
Je vais régulièrement à ma banque mais je n’arrive pas à encaisser ce chèque, je ne peux pas l’expliquer.
Je tiens par ailleurs à remercier chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont lu ce livre. Car il faut l’avouer, dans un monde parallèle où la chose serait possible j’aimerais vivre de mon écriture, mais dans ce monde-ci je me contente d’être lue, même gratuitement, et d’aller travailler.

Une parenthèse : pourquoi les « à ma demande » vous demandez-vous ? Pour continuer mes réflexions d’Enquête sur le premier roman et donc souligner l’étrangeté de celui ou celle que l’écrivain(e) nomme L’ÉDITEUR.
Cet être éthéré et mythique, évoluant dans l’une des 77 concentriques sphères supérieures de la Terre dont la rotation est inverse à celle de cette dernière, qui a du miel dans la voix lorsqu’il veut éditer votre manuscrit, qui a la menace ou la larme facile lorsqu’il s’agit de vous arracher la dernière version du PDF obtenant du même coup le sacro-saint BAT, mais lorsqu’il est question de vous payer il sait se faire tout petit et oublier, d’où l’e-mail pour vous rappeler à son « bon » souvenir.
Dans quel genre de système oblige-t-on quelqu’un à réclamer l’argent qui lui est dû ?

Concernant mon titre de transport (encore lui) on pourra m’avancer l’argument que depuis avril je l’ai résilié puisque je ne suis maintenant qu’à 20 mn à pied de mon lieu de travail.
Oui, c’est vrai.
Eh bien parlons-en justement.
Et oui, cela a un rapport avec le sujet de départ.

Deux personnes d’une bienveillance remarquable à mon égard m’ont fait remarquer chacune à leur tour à un mois d’intervalle, alors que je geignais maudissait le grand TOUT me plaignais de ne pouvoir écrire  tout court et/ou avec le même enthousiasme ni avec la même force de travail qu’avant, que j’avais déménagé.
La première fois, j’ai rétorqué que ce n’était qu’un détail. La deuxième fois, j’ai commencé à y réfléchir sérieusement. Grand bien me fît !

Après tout, pourquoi le lieu principal d’écriture n’aurait-il pas un impact ?
Si je l’ai nié au début c’est que je peux écrire n’importe où, dans à peu près n’importe quelle condition. Mais là c’est différent : il s’agit d’un bouleversement personnel et durable, non plus d’une contrainte temporaire, même répétée.

J’essaie de ne plus culpabiliser, de me rassurer : tout n’est pas de ma faute, et si je n’ai ni la force ni le courage de me lever tôt pour écrire, c’est peut-être simplement que je suis réellement fatiguée.

J’ai tout de même remarqué une étrange coïncidence : j’ai écrit jusqu’ici sous le coup d’une vive émotion, dans un but précis ou dans le cadre d’une demande.
1) Enfin. On fera silence je voulais prouver à François Bon que j’étais capable d’écrire autre chose que ce texte insipide dont j’étais si fière à l’époque et que je lui avais envoyé (il ne doit même plus s’en souvenir) mais dont il m’avait parlé avec gêne sûrement pour ménager mon égo.
2) Ou les élections à l’origine devait servir à la performance faite lors de mon diplôme de fin d’étude.
3) Is this love est une réponse à mon père comme à une proposition d’Yves Jolivet.
4) 100 caractères (espaces compris) est une réponse à une proposition de François Bon.
En ce qui concerne De long échos qui de loin se confondent : personne ne m’a rien demandé, ça fait des années que je me dis qu’il faut écrire ce livre mais je ne sais pas pourquoi, et si j’ai quelque chose à prouver à Christian Boltanski ce n’est pas en littérature.

En attendant que je retrouve la foi et pour ne pas totalement déprimer je continue 100 caractères (espaces compris) via Twitter doucement mais sûrement.
Je remercie encore celles et ceux (étant probablement à peu de chose près les mêmes) qui suivent ce qui me reste d’écriture, là où elle résiste encore.

[écrire : 9] [écrire : 11]

Ecrivains en dialogue le 19/09/09 (la suite)

Après le compte-rendu écrit , voici le son !!

Vous pouvez désormais écouter l’entretien sur la webradio de France Culture.

Rappel : la Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône a proposé à Marseille une lecture croisée des deux sorties d’ouvrage de janvier des éditions le Mot  et le Reste : J’attends Mehdi de Magali Brénon et Is this Love (Béatrice Rilos). Avec les auteures, il s’agit aussi d’un échange avec Yves Jolivet sur la construction d’un ouvrage, du manuscrit à l’édition, accompagné par un modérateur, Pascal Jourdana.
Lieu : BPD Auditorium, bibliothèque Gaston Defferre, 20 rue Mirès
Lecteur : Raphaël France-Kullmann
[informations]

Merci à Pascal Jourdana et Fanny Pomarède de l’ADAAL.
Merci à Raphaël France-Kullmann pour ses lectures des deux livres.
Et bien sûr je remercie toute l’équipe du Mot et le Reste : Yves Jolivet, Aliénor Rives et Stéphanie Le Louarn.

Portrait de l’artiste en demande

Qu’est-ce qu’un artiste ?
Un désespéré de l’amour.
Un être persuadé que personne ne l’aimera jamais pour ce qu’il est, alors il fait, crée de son corps des sécrétions qui loin de dégoûter attirent à lui reconnaissance et remerciements. Et haine aussi, de ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils ne sécrètent pas eux-aussi artistiquement, ne suscitent pas reconnaissance et remerciements.

S’ils savaient…

Il n’y a rien de plus écœurant que deux demandes identiques confluant.
On peut très facilement assister à cela lors d’un vernissage. Celui/celle exposé(e) étant dans un état second, complètement shooté(e) à la présence des autres, cette dernière étant perçue comme de l’amour, et les autres artistes présents faisant le tour de la “concurrence” avec cette même phrases dans la bouche : “Que fais-tu en ce moment ?” Le but n’étant pas d’obtenir une réponse mais plutôt la même question pour soi : “Et toi ?”.

Malheur à celui qui n’aura rien fait depuis plus de six mois : il perdra de fait son statut d’artiste et se trouvera déclassé en “rien ni personne”.

Dans ce fracas de désir d’amour c’est celui qui aura l’air le plus débordé qui aura gagné de droit de remplir l’autre en le noyant littéralement sous les informations et les détails rendant compte de son emploi du temps (des six mois écoulés comme des six mois à venir) : par la seule parole il occupera, telle une armée ennemie , l’espace sonore et le territoire de la conversation (qui tournera bien vite au soliloque et au radotage).

Ah ! le pauvre artiste. Les paumons pleins à ras bord, pris de spasmes pour recracher par saccades le taux “d’occupation” de l’autre.
Pour éviter cette fâcheuse asphyxie il vaut mieux s’abstenir de se rendre à un vernissage si l’on n’a pas soi-même une exposition prévue dans les trois mois à venir : à dessein elle fera office d’outre à mettre sous le nez du voisin pour stopper net ses écoulements verbeux.
Dans le cas contraire, pour s’éviter de servir de vil réceptacle aux débordements de l’autre, l’artiste peut en venir à mentir ou juste exagérer le nombre de ses projets, ses faits et sa geste artistique. Cela permettra au moins d’en placer une.

En Mondanités l’important est de paraître au bord de la dépression ou totalement euphorique, ces deux états ayant strictement la même cause : le trop-plein de sécrétions. Le plus chic restant tout de même la dépression car en plus de l’admiration elle donne l’occasion de se faire plaindre. Le bénéfice secondaire ayant doublé on rentrera chez soi repu et satisfait de sa personne, le tout par procuration : ce qu’il y a de plus éphémère pour le corps et de plus sain pour l’esprit.

Après s’être copieusement déversé dans l’autre, la politesse exige qu’il faille l’inviter sans conviction (en prenant son numéro de téléphone ou son e-mail) à prendre un café un de ces jours, ce qui bien entendu ne se produira jamais, à moins que l’un soit pris d’une irrésistible envie de renouveler sa jouissance et que l’autre soit masochiste au dernier degré.

Pour le café (activité n’engageant à rien et parfaitement stérile, en tout cas à Paris), il y a les phrases types :
“On reste en contact ?”
“On s’appelle pour prendre un café ?”
“On essaie de prendre un café dans les jours qui viennent ?”
Le On maintiendra l’autre dans un brouillard langagier impénétrable : qui prend en charge l’initiative de la prochaine rencontre ? Tout le monde et personne.

dessiner : 2

Plus ça va plus les zones colorées sont remplacées par des traits.  Le réseau qui était omniprésent au début reprend le dessus.
Il n’y a plus de corps. C’est ce qui me pose problème : un décharnement qui ne séduit pas l’œil. Le dessin ne sort plus, il rentre dans le papier.
On m’avait reproché plusieurs fois cette tendance, cette fascination pour la structure. Cela existe en moi tout comme cette attirance pour les restes, les pertes du corps : sang, urines, rognures d’ongles, poils…
J’ai toujours autant de mal à accepter cette coexistence : je la vis comme une insupportable incohérence.

L’appareil photo a dû mal à faire la mise au point, à restituer ce que l’œil ne perçoit distinctement qu’en s’approchant, ces formes diaphanes.

Cela me plaît qu’il n’y ait pas un seul traits droits sur le papier calque, de prendre le contre-pied du support.

Au fur et à mesure je fixe les dessins aux murs de ma chambre : je me réveille et me couche sous leur regard.
Et je ne peux m’empêcher de me demander si en janvier j’aurai de quoi exposer : il est bien question de qualité et non de quantité ici. Cela m’inquiète.
De toute façon, créer c’est toujours passer par les mêmes phases. Il n’y a rien à faire qu’à continuer, quitte à se prendre la porte en pleine face.

Je me concentre en regardant la feuille et trace ce que j’y vois.
J’essaie de dessiner une fois par jour, à chaque fois je prie pour que de l’agencement des traits colorés me saute au visage une réponse, la leur : la raison de leur présence. Dessiner c’est aussi avoir la foi.

Comme je ne sais pas où je vais, autant y aller avec le sourire. C’est ce que je me dis en riant jaune.

Ci-dessous dessin n°27

Ci-dessous dessin n°28

Ci-dessous dessin n°30


[dessiner : 1]

dessiner : 1

Je me demande pourquoi je n’en peux plus d’entendre les autres me présenter en tant qu’écrivain. C’est tout simplement parce qu’ils me rappellent que je n’ai rien fait d’autre qu’écrire depuis plus de quatre mois. Ça n’aurait aucune importance si je n’avais pas l’impression de marcher avec une seule jambe. Étant donné que j’ai beaucoup écrit, je vais passer les prochains mois à dessiner.

Comme mes problèmes ne viennent pas de mon cœur, il ne fait plus aucun doute que c’est bien mon cerveau qui me joue des tours. C’est pour cette raison que j’ai entrepris de reproduire aussi fidèlement que possible son fonctionnement.

Il faudra que je trouve un critère infaillible me permettant de décider qu’un dessin est fini. Pour les cœurs il me suffisait de les voir battre.  Pour mon cerveau, je ne sais pas encore, encore que la dernière fois en dessinant une certaine zone j’ai été prise d’un étrange mal de tête : c’est une piste à suivre.

Je ne veux pas commettre la même erreur de la fois précédente aussi je porte un peu plus d’importance au support. En ce moment mon choix s’est arrêté sur du papier calque en rouleau : je fais des essais et le résultat ne semble pas mal du tout. J’aime son côté froid et translucide. Le souci sera par la suite de ne pas se laisser piéger en tombant dans un dessin propre et précis : j’ai bien peur qu’il n’en soit pas ainsi à l’intérieur de mon crâne.

Pour les outils j’ai gardé les mêmes que pour les cœurs : stylos-bille, crayons à papier, feutres, crayons de couleur… Je verrai bien par la suite ce qui fonctionne le mieux avec ce support. Pour le format : 37,5 cm de large par 80 cm de long.

Petit à petit j’apprends comment dessiner sur le calque, comment frotter chaque type de pointe sur la surface. Les dimensions étant bien plus grandes que celles des dessins de cœurs c’est un nouveau paramètre à prendre en compte vu la finesse des traits inhérents aux outils que j’utilise. Va-t-il falloir que j’en change ?

J’aurai de quoi faire pendant mes prochaines deux semaines de vacances, en espérant ne pas être dans le même état que lors de  celles de novembre 2008.

Ci-dessous dessin n°4 (en cours)

dessin cerveau_1-hautdessin cerveau_1-bas

[dessiner : 2]