Déjanire-Médée : 21

Cher monsieur Gette,

Vous devez vous demander ce que peut bien faire Moïse lorsqu’elle ne dort ni ne mange ?
Elle joue à « sortons du bac » lorsque j’en ai retiré le couvercle. Après quelques heures elle finit par découvrir le seul petit amas de terre valable sur lequel poser ses pattes postérieures puis en s’étirant au maximum de sa hauteur elle réussit à agripper le rebord du bac et à s’y hisser.

Cette activité l’occupe un certain temps encore car une fois parvenue sur le rebord elle le parcourt dans un sens, puis dans l’autre, dans un sens, puis dans l’autre…


…jusqu’à ce qui devait arriver…


…arriva.


Si Moïse est une assez bonne grimpeuse et une bonne acrobate, il y a pourtant deux choses auxquelles elle ne pense jamais, deux vérités fondamentales la rattrapent :
1) sur Terre tout ce qui monte doit à un moment ou à un autre redescendre.
2) si dans la nature il n’existe pas de parquet ce n’est nullement un hasard, c’est que les deux protagonistes de la malheureuse histoire qui va suivre n’auraient jamais dû se rencontrer.
Le monde étant ce qu’il est, il fallut que l’une vécût sous mon toit pour survivre à l’hiver et que l’autre fût pour que j’eusse quelque chose sous les pieds.
Donc, que se passe-t-il lorsque la pesanteur a fait son ouvrage ? Pour la cétoine, le parquet c’est l’équivalent d’une plaque de verglas pour un être humain. Eh bien Moïse, sur le dos, gesticule comme un beau diable dans l’espoir de croiser sur sa route un obstacle salvateur lui permettant d’y prendre appui et d’enfin retrouver sa contenance comme son amour-propre.


En désespoir de cause, elle bat des ailes d’une façon effrénée qui tout en la propulsant sur le sol à une vitesse qui lui serait impossible à atteindre sur  ses six pattes (elle est lente mais opiniâtre) peut ne pas avoir le résultat escompté : se remettre dans le bon sens. Je me souviens, début octobre, avoir dû remettre sur ses pattes une de mes cétoines car elle n’y parvenait pas : l’effet imparable du nouveau revêtement du balcon !
Cette fois encore Moïse a pu se débrouiller seule, mais elle sort toujours épuisée et traumatisée de cet exercice pénible. A quoi je le vois ? Une fois sur ses pattes elle ne bouge plus et si elle a trouvé quelque chose à quoi s’agripper, impossible de l’en détacher.
Ainsi sont les lois de la physique : toujours implacables (certains diront cruelles) mais souvent égalitaires (il faut leur rendre justice).


Oui je sais, la meilleure est floue. Que voulez-vous, c’est une photo prise sur le vif ! « Volée » si vous préférez.
Je vous rappelle qu’elle lutte pour sa survie donc elle ne prend pas la pose.
Et vous imaginez bien que je n’aurais jamais osé la laisser volontairement sur le dos jusqu’à réaliser une photographie parfaite de ses ailes ! Si ce n’était ma qualité de Protectrice des Cétoines qui me l’interdisait formellement, ce serait une forme de « pitié universelle ».

PS : comme je vous l’avais dit, je me suis fâchée ouvertement avec l’art en 2010, mais cela couvait depuis toujours : je n’écris plus, je ne dessine plus… Il paraîtrait que cela arrive même « aux meilleurs d’entre nous ».
Cela devient fatiguant de m’entendre demander : « Alors, quels sont tes projets en cours ? » Je réponds invariablement : « Rien, je ne fais rien ». Certains me plaignent, d’autres tentent de me rassurer, d’autres encore fuient mon regard :
j’ai l’impression d’être atteinte d’une maladie incurable, contagieuse et honteuse.
Je lis Ma propension au débordement, je suis heureuse d’y apprendre de nouvelles choses sur vous, qui vous ressemblent bien. Vous êtes fidèle à vous-même, j’apprécie cela.
Cette lecture me permet aussi de me questionner sur ma propre pratique, sur mon rapport à l’art : si depuis mars 2010 je ne m’occupe que de cactus et d’insectes, s’il n’y a que cela qui me fasse plaisir et me satisfasse, et alors ? Si j’y trouve mon compte c’est bien l’essentiel !
Mais allez faire avaler aux autres que d’élever et prendre des photos d’une cétoine ça peut être aussi quelque chose ! Que non, ce n’est pas un passe-temps, un truc que vous faites en attendant de vous réconcilier avec l’art, le vrai.
Il faudrait avant tout que je m’en convaincs. Pour cette raison votre livre, votre parcours et surtout notre correspondance me sont très précieux.

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Le blog de Paul-Armand Gette

[Déjanire-Médée : 20] [Déjanire-Médée : 22]

Déjanire-Médée : 20

Cher monsieur Gette,

Avec leur histoire de « cinq fruits et légumes par jour », je me suis dit qu’en effet diversifier l’alimentation ne pouvait qu’être bénéfique.
La pauvre Moïse est au régime « miel dilué » depuis deux mois, même si elle n’est pas du genre à se plaindre (contrairement à moi) elle doit trouver le temps long et surtout cela doit avoir un impact néfaste sur son moral, déjà que l’hiver ce n’est pas drôle… De plus elle est équipée de pièces buccales broyeuses : c’est un peu comme si je ne me nourrissais que de soupes.

Heureusement j’ai lu quelque part que la cétoine pouvait également « consommer des fruits mûrs sur les sureaux, les rosiers, les troènes ou les spirées ».
C’est donc en mangeant, le 28 au soir, mon seul et unique fruit ou légume de la journée qu’il m’est venu ma seule et unique idée valable de la journée : pourquoi pas les pommes mûres ?

Voici le résultat plus que concluant de l’expérience du 29 : son morceau de pomme, dès qu’elle l’a eu entre les pattes elle n’a plus voulu le lâcher !
À l’avenir nous partagerons aussi avec Moïse notre saine pitance fortement recommandée par le Programme National Nutrition Santé.


PS : c’est avec émotion que j’accepte le titre de Protectrice des Cétoines que vous m’avez donné. C’est un honneur, mais tout de même, quel poids repose désormais sur mes frêles épaules ! Dieu merci, je n’aurai pas à ma charge l’ordre des Coléoptères au grand complet !

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[Déjanire-Médée : 19] [Déjanire-Médée : 21]

Déjanire-Médée : 19

Cher monsieur Gette,

Moïse n’est visiblement plus en hibernation puisqu’elle sort à nouveau tous les jours pour se nourrir, la voici donc lors du repas, en pleine journée (c’est assez rare pour le signaler).


J’ai hâte de la photographier lorsqu’elle vole ; je me sens vraiment comme une mère de famille.

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[Déjanire-Médée : 18] [Déjanire-Médée : 20]

Déjanire-Médée : 18

Cher monsieur Gette,

voici mon petit cadeau de fin d’année !
Comme vous le savez depuis quelques mois je m’occupe de Moïse, une cétoine dorée. Je vous avais envoyé ces deux photographies, à cette époque j’avais quatre cétoines.


Avec la baisse des températures et les intempéries elle vit chez moi et non plus sur mon balcon dans un des pots de mes cactus.


Je l’ai installée près du chauffage, dans un bac en plastique avec de la terre, ainsi pour dormir elle creuse et s’enfouit suffisamment pour avoir chaud.


J’ai bien suivi votre conseil concernant son alimentation : du miel dilué dans de l’eau. Je confirme qu’elle adore ça, elle passait de longues minutes à finir son repas. Pour plus de facilité je mets le mélange dans le manche de la fourchette.


Pendant plusieurs semaines elle ne sortait que la nuit et se nourrissait chaque jour, puis elle a disparu pour ne ressortir que trois semaines plus tard. Comme vous le pensiez elle hibernait et n’était pas morte, ce que je craignais.
Chose promise, chose due : voici les nouvelles photographies faites à son réveil le 22 décembre au soir. Allez savoir pourquoi ce jour-là précisément ? En tout cas depuis cette date elle est tranquillement retournée hiberner.


Vous remarquerez que sur celle-ci elle pose et fixe l’objectif : le premier coléoptère à avoir intégré l’invention photographique ?


Si je ne ferme pas le bac elle utilise ses ailes (et une cétoine qui vole n’est pas discrète vu la puissance sonore de son bourdonnement, les mouches peuvent aller se rhabiller) et se pose n’importe où dans la pièce puis se promène, avec une prédilection tout de même pour les tissus chauds, comme mon plaid noir qu’elle a trouvé à son goût puisque ce n’est qu’avec difficulté que j’ai réussi à l’en déloger.


Mes cheveux aussi lui plaisent car il y fait chaud et surtout elle peut s’y enfouir. Ses pattes griffent un peu, ce n’est pas très agréable. Mais vous avouerez que Moïse est du plus bel effet dans ma chevelure, non ? Le problème aura encore été de l’en faire sortir.



Cette photo m’avait été envoyée par Aline Perrodin pour me faire rêver : c’est un jardin situé sur la commune de Sorède.


PS : pour certains ce ne sera pas plus évident à voir qu’à accepter mais Moïse est une femelle. Après tout je nomme ma cétoine comme ça me chante, souvenez-vous juste de Serge le cactus.

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[Déjanire-Médée : 17] [Déjanire-Médée : 19]

Déjanire-Médée : 17

Cher monsieur Gette,

voici les stars de la journée !


Je vous convie comme chaque année à une ohanami (même si la mienne est toujours virtuelle) : très belle coutume japonaise consistant à s’installer sous les cerisiers en fleur afin de les admirer. Le sens profond étant d’exalter la beauté dans ce qu’elle a de plus fragile et éphémère.
Je veux capter un peu de ceci en photographie car mes cactus ne fleurissent qu’en été (et lorsque certaines conditions météorologiques sont réunies), leurs fleurs quant à elles ne vivent pas plus de cinq jours.
Cette fleur-ci n’aura vécu qu’une journée.


Le soir du 22 août a eu lieu la floraison 2010 (pour mémoire celle de 2008 et 2009).
Cette année les deux autres auront déjà fleuri une fois, mais je n’ai malheureusement pas pu voir cela : à cause du ravalement de la façade de mon immeuble j’ai dû exiler mes plantes sur un autre balcon.


D’ailleurs, j’ai de nouvelles boutures tout droit venues du Liban et offertes par le père d’une amie, Stéphanie Saadé.


Stéphanie m’a aussi envoyé cette photographie d’un balcon de Beyrouth.


S’il suffit qu’ils soient là-bas pour atteindre cette taille je déménage illico !

J’ai aussi deux nouvelles colocataires : voici l’une d’elles.


Je ne sais pas pourquoi elles restent chez-moi, mais elles semblent s’y plaire. Nous vivons en bonne intelligence toutes les trois.

PS : que tous ceux qui veulent m’offrir des cactus du monde entier ne se gênent pas : il me reste encore de la surface à couvrir !

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[Déjanire-Médée : 16] [Déjanire-Médée : 18]

Déjanire-Médée : 16

Cher monsieur Gette,

Un grand merci pour la photographie et votre message !


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Vos fleurs m’ont rappelé quelque chose : il y a longtemps déjà que je devais vous montrer les photos que Godeleine Auger m’avait envoyé après notre plaisante rencontre lors de votre vernissage.

De : Godeleine Auger
« Votre rencontre m’a fait faire une fleur de mon jardin que j’aimerai vous faire parvenir. Merci de m’indiquer comment. God ! »
« Le camélia qui a participé à faire l’image est en fin de floraison. Votre visite lui-nous ferait cependant plaisir. »


De : Godeleine Auger
« Voici un état de mes activités. J’ai commencé à assembler sous le titre de “God was a girl” une série de bocaux – y’a que’qu’chose dans l’bocal? – qui se rangent dans une valise. [Dans les bocaux] Il y a des choses… comme ça. »


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