Phases : Voyage

L’écart entre deux jambes l’écart entre chaque pas s’accroît
La distance parcourue entre un lever un coucher de soleil entre un lever un coucher de soleil entre un lever un coucher de soleil
Lorsque j’ai soif je bois si j’ai faim je mange jamais à ma soif jamais à ma faim
Je m’allonge quand je ne vois plus devant moi je ne me repose pas je tombe à terre
Je me lève marche dès l’aube
Un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil
Ce qui est devant mes yeux deviendra ma route une fois que mes pieds auront touché le sol
Ce qui est derrière n’existe pas
Un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil
Une bourrasque gifle de face, l’ombre des nuages, les échos lointains
Un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil
La sueur rafraîchit le corps le glace
Un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil
Assèche la gorge assèche la peau
Un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil
Le froid engourdit la pluie efface
Un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil un lever un coucher de soleil
Le vent me transperce enfin

J’ai tout perdu en chemin. Je suis…

Je modifie ma démarche, mes appuis ne sont pas corrects, le bassin, ça ne colle pas, plus rigide, les épaules plus basses, le mouvement plus brusque, les bras c’est pareil.
Je tends la main, pas comme ça, moins molle, plus ferme dans le poignet, bloqués les doigts.
Ils vont y croire ? Ils vont y croire.
À haute voix je répète : « Comment allez-vous ? Je vais bien. Bonjour ! Bonsoir ! Je ne connais pas la région. J’aurais besoin de votre aide pour me repérer. Les cartes ne sont jamais assez précises. Vous habitez la région ? »
Ma voix, ça ne va pas encore, plus neutre moins claire : « Comment allez-vous ? Je vais bien. Bonjour ! Bonsoir ! Je ne connais pas la région. J’aurais besoin de votre aide pour me repérer. Les cartes ne sont jamais assez précises. Vous habitez la région ? »
Trop engageant, trop amical, plus sec le ton, sans être impoli, des renseignements pas fraterniser.

Les autres je les évitais méthodiquement.
J’ai dû en croiser quelques uns tout de même, je ne sais plus, ils ont dû me dire quelque chose, je ne sais plus.
Je suis assez loin maintenant, peut-être.
Ils sont de plus en plus nombreux je ne peux plus les ignorer.
« Après ? Là-bas ! Vous ne connaissez pas ? C’est connu pourtant… C’est la capitale ! — Merci. — De rien. »
« Merci », parfait le retrait : court et précis sans plus.
Après là-bas ils me frôleront se frotteront à moi, je me dissoudrai dans cette foule.

[Phases : Nuit 1.1.]

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