Nous aurions dormi vingt ans : 4

« Une histoire vraie : j’étais récemment au Japon à Fukushima, autour de la centrale il y avait une zone de trente kilomètres où l’on ne pouvait pas entrer. Il n’y avait plus d’humain, les habitants avaient laissé leurs chiens qui s’étaient regroupés en meutes, qui se nourrissaient des vaches désormais en liberté. La nature sauvage s’était reconstituée tout près de grandes villes modernes »
Christian Boltanski

1979

Dans un palais, elle cherche un lieu où se cacher alors qu’elle entend les gardes hurler de terreur et de douleur. Le seigneur des lieux descend tranquillement les marches de l’escalier, elle n’arrive pas à comprendre son calme alors que la bête approche.

Elle ouvre une porte, court au fond de la grande salle se dissimuler dans un matelas replié sur lui-même, posé sur un tas de meubles en bois démontés. Elle prend soin de ne laisser dépasser aucune partie de son corps, le matelas posé sur l’assemblage de bois oscille de gauche à droite, menaçant de la projeter au sol à tout moment. Elle utilise tant bien que mal le poids de son corps comme balancier pour se rééquilibrer. Les hurlements des gardes se rapprochent de la salle.

Trois hommes entrent et discutent argent : ils sont en désaccord au sujet d’une certaine somme. Elle s’énerve : leur discussion bruyante va à coup sûr attirer la bête dans cette salle. Ils passent dans une salle adjacente pour continuer leurs pourparlers.

Un homme entre dans la salle et court lui aussi se dissimuler dans le matelas. Toute la construction branlante ne tient qu’à peu de chose, elle râle de mécontentement tout en tentant vainement de rentrer ses pieds et ses bras dépassant à chaque basculement. Un second homme entre dans la salle et se dirige directement vers elle : en lui tendant une pièce, il lui demande si elle aurait de la monnaie. Elle lui répond sèchement d’aller dans la salle d’à côté où se trouvent les trois premiers hommes. Il la remercie, suit son indication.

Par l’entrebâillement de la porte principale, elle aperçoit des gardes passer à vive allure dans le couloir. Prise de panique elle court se cacher dans une armoire au fond de la salle, seul meuble encore debout. Elle en referme l’un des battants avec difficulté, se met du côté qui ne peut plus s’ouvrir, couvre sa bouche, le bruit de sa respiration.

La bête est à la porte.

Pages 6-7/13

[Nous aurions dormi vingt ans : 3] [Nous aurions dormi vingt ans : 5]

Un grand merci à Ophélia

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