Nous aurions dormi vingt ans : 17

1990

Je versais des larmes à chaque train, chaque train vous emmenait plus loin de moi.

J’avais fait ce choix de ne pas partir, par superstition, je pleurais mon choix pendant des heures entières en fixant en contrebas la voie ferrée, je pleurais notre séparation, sans retrouvaille possible.

Pour me consoler on me donna le rire, le pouvoir de faire rire un petit groupe d’enfants renfrognés.

Juste ce petit groupe, me plaçant devant eux, inspirant une grande bouffée d’air, entre mes lèvres, après quelques répliques hasardeuses, leur rire, je le tenais accroché à mes lèvres.
De grands éclats de rire, pour moi, pour me remercier d’avoir chatouillé cette partie de leur âge encore spontanée, agile, à cet instant faire craquer quelques coutures de leur futur costume d’adolescent désespéré et désespérant.

J’ai cette capacité quasi magique en moi, don de Dieu ou de je ne sais qui, peu importe, je l’ai et veux le garder.
Dérider les vieux jeunes, malgré leurs difficultés, malgré le gris béton, le noir asphalte, le brun terre desséchée : rire !

Pleine de fierté, gonflée de ce nouvel orgueil, quand elle me dira quelques années plus tard : « On dirait que tu portes tous les malheurs du monde sur tes épaules. » J’aurai pu la détromper par ces phrases : « Pas tous les malheurs, je porte avant tout le rire ! C’est en lui que réside ma vie. »

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Un grand merci à Ophélia

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