Nous aurions dormi vingt ans : 20

1989

Quelque chose s’est cassé en moi.

En me montrant elle lui a pourtant dit en souriant : « Ne me ramenez pas ma fille avec une jambe dans le plâtre ! »
L’autre prend cela à la rigolade, affirme qu’elle tiendra parole, comme une évidence…

Cette phrase m’est en fait destinée : « Ne me cause pas plus d’angoisse que je ne peux déjà en supporter ! »
Je n’ai pas été capable de respecter cette supplique, comme une malédiction.

Je souffre deux fois : pour elle, pour moi.
Je n’ai même pas été capable de l’épargner.

La peau pèle, me gratte, c’est l’été, l’aiguille à tricoter pour soulager les démangeaisons.

Ce matin-là je ne veux pas aller skier, trop de fatigue, mais j’y suis obligée.
Première descente, première chute, l’os se fend, je l’entends, je ressens le vide qu’il laisse en moi.
Tout est embrouillé, on me parle, je dis que mon tibia est fracturé, les ambulanciers, les urgences, deux filles elles aussi hospitalisées viennent me rendre visite tous les jours, les pleurs d’une enfant toutes les nuits, l’infirmière cherche à me consoler, je sors de l’hôpital retourne parmi mon groupe, je ne participe à aucune des sorties, je ne me coiffe plus, je suis triste, je rentre chez moi, de nouveau l’hôpital…

Ma mère est au désespoir.

La pire enfant que la terre ait portée, que ma mère ait portée en son sein, voici mon unique certitude.

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Un grand merci à Ophélia

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