Atelier d’écriture : 3

D’après Les villes invisibles d’Italo Calvino.

Texte n°1

Elle s’assit sur le muret le long du canal. Elle observa la foule assise par terre le long du canal. Comme ils avaient l’air heureux, plein d’énergie une cannette de bière à la main ! Les plus snobs avaient apporté des verres en carton. Toutes les mains étaient occupées à tenir à prendre à caresser à applaudir. Elle, ses mains ne servaient à rien. Elles étaient là posées sur le muret bien à plat à sa gauche et à sa droite. Au contact de la pierre il restait un peu de cette chaleur d’un jour d’été. Une chaleur agréable qui transmise de la paume vers les bras montant jusqu’au cerveau égayait tout ce que les yeux voyaient.

Texte n°2

Il est dix heures, les portes de l’écluse commencent à s’ouvrir. On se croit au spectacle. Un nombre incalculable de badauds debout le corps bien pressé contre la paroi en pierre du muret tendent le cou et la tête pour ne pas manquer un instant de ce qui va y avoir à se mettre sous la dent. Petit à petit les portes immenses en métal s’éloignent l’une de l’autre. On sent le suspens, ça sent le silence anxieux d’un drame vécu collectivement. Une fois totalement ouvertes on attend l’héroïne de pied ferme. Alors la voilà qui montre le bout de son nez, la péniche. Et sans marquer d’arrêt afin de saluer son public elle avance lentement l’air de rien, l’air de ne pas y toucher, de se ficher du monde. Elle s’arrête au beau milieu de l’écluse narguant les petits bonhommes et les petites bonne-femmes yeux écarquillés qui la scrutent d’un côté comme de l’autre. Le temps pour la péniche de faire sa star inaccessible et les deux battants de l’autre porte s’ouvrent depuis que les premières s’étaient fermées. Pas une seule révérence ou un quelconque signe de la main et la péniche passe la seconde porte de l’écluse donnant son dos à la foule admirative.

Texte n°3

Attiré par un bruit, il s’approche de la margelle du puits. Il penche le buste suivi du cou et de la tête curieux de voir ce qu’il a entendu. Il fait noir tout au fond. On imagine l’eau plutôt qu’on ne la voit. Il a envie de crier « Hé ho ! » histoire qu’une voix sépulcrale lui réponde « Ho hé ! ». Il n’ira pas jusque-là aujourd’hui, il n’en a ni la force ni le courage. Pourtant à part l’eau endormie il doit bien y avoir quelque chose au fond du puits. Il s’invente des choses folles, impossibles à comprendre pour la raison. Le genre de choses qui vous valent le regard dubitatif du gendarme qui recueille votre témoignage. Ce genre de délires les yeux ouverts à cause desquels votre famille demande au juge votre internement d’urgence. Mais là, maintenant son visage comme plaqué parallèlement à la surface de l’eau imaginée du puits, il n’y a pas de quoi fouetter un chat ni casser trois pattes à un canard. Il s’en va déçu de ce rien qui l’avait pourtant enthousiasmé.

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