Atelier d’écriture : 5

D’après Les villes invisibles d’Italo Calvino.

Texte n°1

Sur un panneau : « Défense de plonger. » Ça fait déjà longtemps que personne ne prend plus garde ni au sérieux ces misérables recommandations ou interdictions. Pourquoi suivre un ordre quel qu’il soit ou être paralysé par une menace qui nous serait prédite avant même que rien ne se soit passé ? Certains disent que c’est un pousse-au-crime : qui en entendant un autre lui dire « Ne tourne pas la tête mais derrière toi… » ne se retourne pas ? Il y a des théories qui comme les mouches pullulent dans l’air mais toutes se sont pas bonnes à prendre en compte. Il y a deux jours, il m’expliquait qu’il reconnaissait à la parole une force non négligeable : « Au commencement était le Verbe. » Mais selon son expérience rien ne valait une action et sa conséquence pour faire entrer définitivement dans la tête de n’importe quel être humain une loi qui jusque-là était tacite. Alors que ceux qui veulent plonger plongent et de bon cœur avec ça !

Texte n°2

La ville est ainsi : choisir les points du trajet. Il y a toujours cette vielle rengaine : « Le plus court chemin entre deux points c’est la ligne droite. » Oui, bien sûr. Mais peut-être ne voulons-nous pas de cette rapidité du parcours ? Peut-être aimerions-nous flâner ou même nous perdre ? A deux, ils avaient rêvé une nouvelle manière de se déplacer : non plus en fonction d’un point de départ et d’arrivée prédéfinis par le GPS avec une information constante sur le trafic, les routes barrées, les radars, etc. Ils avaient rêvé d’une autre possibilité : concernant le point de départ on ne pouvait pas y faire grand-chose, il était à priori déjà défini puisque prisonniers de leur corps ils n’avaient pas le don d’ubiquité. Par contre le point d’arrivée portait en lui une infinie possibilité d’existence. Ils s’étaient mis d’accord, le nouveau GPS serait très simple d’utilisation : 1. on préciserait le point de départ. 2. on indiquerait le nombre de kilomètres autour du point de départ à ne pas dépasser. 3. on laisserait le GPS choisir par un simple calcul où le conducteur irait. Si la destination ainsi désignée ne lui plaisait pas c’était tant pis pour lui, il devait se soumettre au hasard. Le perdant doit toujours accepter d’être vaincu car il y a plus à apprendre et à voir là où l’on ne veut pas mettre les pieds. Sur le GPS donc ils avaient réfléchi à cette sélection, son nom : « Quelque part ».

Texte n°3

La rue à des oreilles et elle parle aussi. C’est un phénomène bien connu de tous ceux qui arpentent et sillonnent les rues de notre grande cité. Le silence n’existe pas. Inutile de le chercher là. C’est un bruit continu, une rumeur ou un hurlement s’engendrant lui-même, s’alimentant lui-même de l’aube au crépuscule, du crépuscule à l’aube. Sans cesse. Personne n’a l’ouïe assez fine pour comprendre les propos que nous tient la rue. Même si elle crie, elle nous retourne l’estomac mais ce dernier est bien incapable de renseigner le cerveau sur ce qui le chamboule à ce point. Peine perdue. On peut trouver à se bercer à certains endroits bien connus de tous. Mais si notre humeur est plus dynamique il est très facile de se trouver un lieu, une pente bien abrupte, bien glissante pour se faire des frayeurs tant les décibels dépassent l’entendement. Heureusement le double-vitrage est obligatoire pour toutes les façades donnant directement sur la rue, où qu’elles se trouvent. Car même si on peut n’être accompagné que d’un sifflement mélodieux et tranquille, occupé dans son salon, on peut sans s’en rendre compte et s’assoupir, laisser une casserole sur le feu.

[Atelier d’écriture : 4] [Atelier d’écriture : 6]

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