enfin. on fera silence

« Il n’y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n’a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. Ça y sera. »

Céline, Voyage au bout de la nuit, Folio plus, Gallimard, 1952, p. 327.

Publié en mai 2007 au Seuil dans la collection Déplacements, ce livre est composé de 52 textes et d’une postface. C’est le premier élément d’une série de 8 cahiers.

Lorsqu’on me demande de quoi parle ce livre, je ne sais jamais quoi répondre. Il ne raconte pas. Il dit les sensations, les sentiments. Il est souvenir et non pas réflexion.

Je voulais être au plus près de la feuille, de la main écrivant. Ce qui se passe autour, ce qui se joue. Non pas une histoire, mais tous les microévénements qui la composent. S’il ne se produit rien, c’est déjà quelque chose.

Ce livre est aussi une souffrance. De ma naissance jusqu’à mai 2005 pour commencer à mettre ces phrases devant moi, puis de mai 2005 à septembre 2007 pour boucler la bloucle. Dire l’essentiel. Grâce à cela j’ai cessé mes « amusements littéraires », j’ai compris ce qu’était prendre des risques.

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Le 28 juin 2007, entretien au sujet du livre avec Alain Veinstein pour l’émission Du jour au lendemain.

Le 13 décembre 2007 [compte-rendu],lecture des textes 42 à 44 (inclus) à la galerie Mycroft. Merci à Chloé Delaume pour cette invitation.

Le 7 février 2008 [compte-rendu], lecture du texte 4à la librairie Litote en tête. Merci à Jérôme Mauche pour cette invitation.

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Merci à Philippe Ricchiero d’avoir placé des exemplaires de mon livre à la librairie des Beaux-arts de Paris de mai à juillet 2007.

Merci à Annette Messager d’avoir choisi mon livre : il a pu ainsi faire partie de sa sélection à la librairie Flammarion du Centre Pompidou, à l’occasion de son exposition de juin à septembre 2007. J’ai fait sa connaissance le 16 juin lors d’une signature organisée à la librairie.

Merci à Dominique Dussidour d’avoir lu trois passages du livre lors de La nuit remue | 2 de Remue.net le 23 juin 2008.

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Page 120, texte 43 :

Lesquels me faut-il pleurer. Lorsque j’ai lu ces paroles. Ces mots. Respecter la langue respecter la culture. Heurts. Souffrance. Je l’accepte. Si ce n’est pas une langue si elle m’est étrangère. Venue d’ailleurs. Pas desi loin n’est-ce pas. Effectivement. Assise sur le canapé. Les jambes serrées. Quelque chose ne collait pas. Je l’accepte. Ma langue peut-être. Cela n’est pas tellement grave. Plus tellementgrave. Levée de boucliers. De lances. Fusils près à décharger leurs projectiles meurtriers. Tout un flan. Ma langue quand même. Heureuse d’y avoir saisi quelque chose. En complicité avec cette langue cette culture neutres qui ne m’avaient jamais fait de mal. Neutres douces accueillant l’étrangère bras grands ouverts. Portant ma valise. Souriant toutes dents dehors demandant des nouvelles de ma famille. Souriantes. Souriantes. Ayant apporté quelques cadeaux. Souriant. Souriant. De cette langue. Aucun mal. D’une culture lointaine. Respectueuses de ma différence s’esclaffant de joie à sa sonorité inconnue. Défaisant ma valise serrant précieusement contre mon cœur tenant tendant offrant à chacune quelques merveilles venues de là-bas. Vois-tu ce dont je te parle. J’ai saisi tu souriais souriais de contentement. En effet. Cependant ailleurs avide de connaissances. Consciencieusement manipulant cette langue. Ce n’était pas la tienne la même. Je le sais. Celle-là ne m’avait jamais fait de mal. Les cicatrices les larges entailles suintant sous la gaze. J’étais en convalescence. Là. Là-bas personne ne te jugerait inapte au service inapte à la vie. Viable ou vivante. De cette langue d’ailleurs. Neutre. Te souviens-tu… Je le savais. Te souviens-tu qu’elle avait été l’outil d’un autre massacre d’un autre charnier. Véhicule lent de la mort. Langage mortel langage du vainqueur. Vainqueurs en d’autres terres en d’autres circonstances. Il fallait blâmer la main et non le couteau la main qui le tenait dans sa paume. Fermement. Ça. Je le sais. En cette langue différente neutre près de laquelle ne se ravivait aucun chatouillement aucun grouillement de vers d’entre la plaie. Rêve lointain d’une autre langue martyrisée placée dans un tonneau dévalant une colline. Clouté. Dont les pointes s’enfonçaient dans la chair de la pauvre malheureuse à chaque tour. Révolution des astres. À chaque tour complet de la barrique sur elle-même.

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