Atelier d’écriture : 2

D’après Les villes invisibles d’Italo Calvino.

Texte n°1

Il se réveille à cinq heures du matin : une odeur. Une petite madeleine sanglante. Ce rouge en écoutant la même radio qu’elle. La même chanson où Paris s’éveille. Elle ne fait d’ailleurs que cela se réveiller d’un cauchemar où les serpents la pousse à fuir de son lit. Son corps lourd tombant s’ouvrant le pourtour de l’œil gauche pour toujours sa cicatrice. Et le sang rouge et plus abondant par flots continus dans le lavabo. D’un cri déchire le silence d’une nuit qui se prépare à céder la place au jour. A peine sûre de l’heure qu’il est car réveillée par surprise par un bruit de corps s’abattant sur le sol. Ses paroles d’incompréhension, sa demande pourtant claire de savoir ce qu’elle n’avait pas vu mais entendu, des précisions qui ne viennent pas. A part le réflexe de toucher son visage de sentir sur la pulpe des doigts un liquide. « C’est de l’eau, de l’eau ! » lui répond-elle. Non, du sang créant une panique généralisée dans la maisonnée, l’appel d’un taxi pour les conduire aux urgences. Tenant une serviette déjà pleine de ce rouge vif comme le plus pur qu’un corps sache produire. Avec une éponge nettoyer le sol. Cette chanson dans cette chambre et dans le taxi les menant à l’hôpital. Il est cinq heures, Paris s’éveille.

Texte n°2

Derrière l’affiche elle avait collé son message. Elle s’était souvenue des bouteilles à la mer, des mots sur les murs de la cage d’escalier. Elle y retrouvait sa douce voix masculine ou féminine, le même désespoir d’atteindre l’autre. Elle n’était pas révolutionnaire pour un sou. Elle voulait juste que l’on s’arrête devant cette image de la société parfaite qu’on nous vendait à coup de millions. Elle avait confiance en la pluie. Elle faisait confiance au temps, au vent qui petit à petit grignotant comme une mite le papier coloré, par lambeaux les jeunes garçons d’un coup sec tireront sur des pans entiers de la publicité croyant là combattre héroïquement une hydre légendaire. Puis un jour, noir sur noir, sa phrase sans queue ni tête : écoutez moi.

Texte n°3

Elle a perdu cet objet en voulant vérifier le nom de la rue. Ce n’était pas la première fois qu’elle abandonnait à son triste sort quelque chose pour avoir couru deux lièvres. Le carnet à la mairie, jamais retrouvé, sûrement directement jeté à la poubelle sans autre forme de procès. Comme c’est simple un carnet ! Trop pour se donner un genre de ceux qui contiennent des merveilles oubliées et perdues à jamais pour l’humanité à moins qu’un autre esprit travaillé au corps par l’existence ne crayonne à la va-vite sans se soucier ni de l’orthographe pas plus que de la grammaire une belle phrase de la langue, cette belle phrase, belle car nécessaire d’avoir été écrite par un des membres de la communauté des hommes. Au diable de se perdre dans la ville avec ce plan duquel elle ne pouvait détacher ses yeux ! Sa main fouillant dans son sac et en retirant un mouchoir pour s’essuyer le front . Le paquet de mouchoirs en papier désorganisant le contenu du sac. La main agitée et devenue folle lorsqu’elle s’était rendu compte qu’il manquait sous ses doigts la rigidité de la couverture en carton de son carnet, un autre elle-même, au format A5, celui des confidences écrites dans le métro, à son bureau, dans un parc, un peu partout et nulle part.

 

                                                                                                                                                                                                   [Atelier d’écriture : 1] [Atelier d’écriture : 3]

Publicités

Atelier d’écriture : 1

D’après Les villes invisibles d’Italo Calvino.

Texte n°1

Il essaie de conduire un engin de chantier car les ouvriers ne se sont pas donnés la peine de venir ce matin pour la construction de sa maison. Il en avait tellement rêvé de cette maison, une vraie avec l’escalier pour atteindre la porte principale, le parquet vitrifié dans toutes les pièces sauf les salles d’eau où il se devait d’y avoir du carrelage tout blanc comme celui d’un hôpital, les murs porteurs ou non et les plafonds à la bonne hauteur. Mais surtout le toit. Comme c’était important le toit symbolisant l’arrêt, la fin d’une élévation après le premier étage. Donc pas comme ces horribles tours HLM empilant l’un sur l’autre étage après étage sans trouver comment cesser de monter encore d’un cran. Là, maintenant devant ses yeux juste au-dessus du premier étage le toit et puis plus rien, si le ciel et non des voisins bruyants et mal élevés ne trouvant pas d’autres hobbies que les jeux de billes roulant sur le sol à vingt-deux heures, les talons aiguilles à six heures trente du matin et les coups répétés avec entrain en pleine après-midi contre les canalisations. De ce vide au-dessus il avait la preuve absolue de sa réussite, monument à sa gloire, son apothéose, son ascension sociale : être propriétaire d’un bien immobilier.

Texte n°2

Une rumeur est entendue à cet instant. On a du mal à comprendre mais ça passe de bouche en bouche, d’oreille en oreille jusqu’à ce que mâché et remâché sans jamais aller plus bas que la glotte de peur d’être avalé et qu’on en perde le sens pour ceux qui ont la chance de le tenir encore, même en bribe, même en octaves plus ou moins hautes, plus ou moins audibles. Et lorsque ça commence à perdre en force ça s’agrippe aux langues pâteuses et fait tout pour trouver dans un nouveau souffle de quoi être encore propulsé dans les airs et c’est à qui le réceptionnera même de travers. Ça parle, ça parle, c’est indécis mais ça gagne du terrain à droite quand ça s’atténue à gauche. Personne n’est capable de suivre la circulation des phrases pas plus que celle des mots. Leur ordre incertain au lieu de bloquer leur passage les rend précieux, précieusement offerts au voisin ou à la voisine la plus proche, celle ou celui à qui l’on confit avec orgueil ce qu’on a compris, devenu non plus un message mais une mélodie.

Texte n°3

Elle s’aperçoit de la signalétique de danger, elle n’en tient pas compte. Vivre est déjà un défit, une rage perdue d’avance face à la mort certaine. Elle entend son père lui répondre : « Il faut bien mourir de quelque chose ! » Et pourquoi pas mourir de rien ? D’un rien. Ce tout petit quelque chose qu’on ne prendrait pas même le temps de voir, ce petit chose vide de sens, à peine existant, seulement pour et part lui-même. Un truc tombé de Dieu sait où et cognant le dessus d’un crâne au hasard. Et pof ! Plus de quoi se soucier, plus de quoi se plaindre ou se réjouir. Juste une seconde, un moment perdu, mais pas pour tout le monde.

 

[Atelier d’écriture : 2]

aujourd’hui : 10

Erratique a 7 ans.

L’âge de raison… Misère…

Je me fiche bien de cela : mon blog peut vieillir si ça lui chante, quant à moi j’ai décidé d’avoir 6 ans jusqu’à la fin des temps ! Qu’on se le tienne pour dit !

Pour vous prouver que je ne me tourne pas uniquement les pouces dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, j’ai à vous faire trois annonces sérieuses (pour une fois) et officielles (comme d’habitude) :

  1. Paul-Armand Gette m’a gentiment proposé de participer à l’exposition qu’il organisera au printemps prochain, j’ai accepté comme toujours et pour tenir ma parole envers lui je n’aurai pas d’autre choix que de lui apporter le fruit de mon labeur en temps et en heure.
  2. Je vais ENFIN me mettre à l’écriture réelle de mon prochain livre « Saint-Anne/Saint-Antoine » ; le titre étant toujours ce que je choisis en dernier, ceci signifie que l’affaire ne sera qu’une question de rapidité à me mettre à l’ouvrage comme à l’achever.
  3. Mimi la clarinette reprend du service, nous sommes folles de joie de ne plus faire qu’une comme au bon vieux temps.

2015 sera donc l’année où je sortirai de mon hibernation artistique bisannuelle.

[aujourd’hui : 9] [aujourd’hui : 11]

aujourd’hui : 9

Mon dernier billet datait du 6 décembre pour fêter les 6 ans de mon blog…

Aujourd’hui c’est l’occasion de mettre à l’honneur deux causes importantes :

1. la Journée mondiale de la Santé.

2. la Journée internationale de réflexion sur le génocide au Rwanda et cette année c’est la 20ème commémoration de ce génocide.

Ma petite personne ne fait bien entendu pas le poids face à ces deux causes. Mais chaque année je ne peux m’empêcher de penser que le 7 avril 1994, alors que je devais attendre avec impatience le repas de mon anniversaire me réjouissant par avance des cadeaux que j’allais recevoir, se préparait pour toute une population le début de mois interminables d’horreurs. C’est un peu comme d’être né le 6 août et par dessus le marché en 1945 histoire d’aggraver son cas. En effet, pas de quoi se réjouir. Ma mère disait souvent : « Va où tu veux, meurs où tu dois» . J’oserais ajouter : nais quand tu peux.

Avant d’apprendre la coïncidence entre le jour de ma naissance et celui du déclenchement de l’abomination qui a été perpétrée au Rwanda, tous les ans je pestais juste devant la télévision car avant d’être la Journée mondiale de la Santé, le 7 avril était la Journée mondiale de lutte contre le sida. Donc, moi qui adorait tant la télévision, je devais « supporter » pendant MON repas le Sidaction sur TOUTES les chaînes. Heureusement pour moi mes parents étaient des abonnés historiques de Canal+ et de ce qui s’appelait à l’époque le Câble, et là-bas pas de Sidaction ! Vous pardonnerez à une enfant puis à une jeune adolescente ayant grandi à l’abri du VIH de ne se soucier ni des malades ni de la recherche contre cette terrible maladie. Pour une raison que j’ignore, un jour il n’y a pas eu de Sidaction le 7 avril à la télévision : j’ai appris que la Journée mondiale de lutte contre le sida avait lieu désormais le 1er décembre. Je n’ai pas été fâchée de ce changement de date car une pandémie et un génocide le jour de son anniversaire vous avouerez que c’est un peu lourd à porter.

Cette année pour « fêter » ce jour à ma façon je me suis décidée à m’occuper de ma chaîne YouTube. Ça n’a l’air de rien mais ça m’a pris trois jours, et je n’ai même pas encore fini. Non, ce n’est pas que je n’ai rien à faire ni que je m’ennuie, mais vu que je passe un temps incalculable à écouter de la musique ou à regarder des documentaires, des reportages… Dans la mesure du possible je voulais tout réunir à un seul endroit. Et comme je me considère (peut-être à tort) comme un personnage public, virtuellement parlant, étant donné que mon blog, ma page Facebook (qui est publique) et mon compte Twitter sont à mon nom et que n’importe qui peut trouver des liens me concernant sur n’importe quel moteur de recherche (80% des Français en utilisent un en particulier :  il en existe de bien meilleur et la France n’est pas encore jusqu’à preuve du contraire un État totalitaire, donc allez voir ailleurs), pourquoi ne pas partager ma chaîne YouTube ?

Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas vous risquez d’être surpris.es. : le mythe de l’artiste et surtout de l’écrivain.e. va en prendre un coup ! Mais comme d’habitude j’assume toutes mes publications.

Concernant l’écriture, ce n’est pas pour demain la veille : j’ai d’autres chats à fouetter. L’art peut attendre quand votre quotidien est perturbé par des événements négatifs et que le minimum syndical pour vivre risque de ne plus être assuré. Honnêtement cela ne me pose aucun problème de ne pas créer. En naissant on ne nous « offre » que deux choses : du temps et la santé (et encore, si nous avons de la chance). Pour moi il n’y a rien de plus important que ces derniers car sans eux rien n’est possible et tout le reste nous devons nous battre pour l’obtenir. Je ne vais donc pas pleurnicher parce que je n’ai rien écrit depuis 2012 alors que je dois régler des affaires courantes et surtout urgentes qui affectent ma santé et me « volent » peut-être le peu de temps qui m’a été imparti. Il faut savoir être pragmatique parfois. Après, si l’une ou l’un d’entre vous veut se dévouer pour gérer ma vie à ma place je lui laisse la place avec joie :  je préfère largement passer des mois entiers à construire une œuvre, même si à chaque fois je souffre, plutôt que d’occuper mon précieux cerveau à réfléchir à des problématiques bassement matérielles.

Bon, sur ce j’espère sincèrement que la prochaine fois que j’écrirai un billet ce ne sera pas pour le 7ème anniversaire de Erratique.

[aujourd’hui : 8] [aujourd’hui : 10]

aujourd’hui : 8

Erratique a 6 ans.

Mon dernier billet datant du 4 février, je ne vais pas me voiler la face : j’ai quelque peu abonné mon blog ces derniers mois et ce pour des raisons de santé. J’espère par conséquent profiter d’un peu de votre indulgence.

Ce temps passé loin de Erratique je l’ai passé sur ma page Facebook où je publie régulièrement des articles de presse ainsi que des documentaires et des reportages sonores. Toutes mes publications étant « publiques » elles sont donc visibles même par ceux n’étant pas « amis » avec moi. N’hésitez pas à y jeter un œil.

Depuis quelques semaines, je visualise enfin clairement mon projet d’écriture pour 2014 grâce à une longue conversation avec Christian Boltanski. Discuter avec lui de l’œuvre de Rithy Panh m’a donné le courage d’affronter de nouveaux démons. Je préfère attendre encore quelques mois pour me préparer psychologiquement (comme on dit) à pousser une fois de plus, ce que je nomme d’une façon plutôt grandiloquente, « les portes de l’enfer ». J’ai bien cherché une autre expression mais c’est hélas la plus proche de ma réalité. Dès que j’aurai commencé à écrire les textes composant ce projet je les mettrai en ligne au fur et à mesure.

En attendant, je remercie celles et ceux qui suivent même aléatoirement mes billets. Savoir que l’on n’est pas seul dans l’écriture donne force et courage pour ne pas se laisser emporter vers de stériles profondeurs.

A très bientôt.

Cordialement.

[aujourd’hui : 7] [aujourd’hui : 9]