Déjanire-Médée : 35

Cher monsieur Gette,

Je vous avais averti de la mort de Moïse, ma cétoine. Depuis quelques jours j’ai la chance d’avoir trouvé dans mon immeuble un nouvel insecte : une sauterelle. J’ai bien suivi vos instructions en lui mettant une feuille de salade pour nourriture.

Je continue mon exploration du corps des nymphes. Je me suis intéressée à leur voix. Voici les moulages de leurs cris.

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Le blog de Paul-Armand Gette

[Déjanire-Médée : 34] [Déjanire-Médée : 36]

Déjanire-Médée : 34

Cher monsieur Gette,

je n’abandonne pas mon projet de devenir arbre. Pour cela je m’inspire des nymphes qui vous sont chères. Peut-être se laissent-elle plus facilement approcher parce que je suis une femme. En tous cas elles reconnaissent mes efforts et approuvent mes stratégies malhabiles.

Pour preuve ma nouvelle collecte : les nymphes sont coopératives aussi m’ont-elles laissé faire le moulage de leur sexe. Qu’en dites-vous ?

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[Déjanire-Médée : 33] [Déjanire-Médée : 35]

Déjanire-Médée : 33

A Mademoiselle Béatrice Rilos

Vous m’aviez déjà longuement entretenu de votre Cétoine, mais je ne l’avais jamais rencontrée, aperçue seulement en photographie ce qui n’est qu’un pis allé, une manière qui renseigne trop vaguement sur les êtres et les choses tout en sachant bien que rien ne vaut le toucher. Donc hier j’ai eu le plaisir de la regarder de près en votre compagnie et de pouvoir enfin en l’examinant savoir sous quel nom son descripteur l’avait baptisée, quoique à la réflexion je doute que ces Scarabaeoidea de la sous famille des Cetoniitae soient ondoyés à leur naissance. Donc pour satisfaire ma curiosité, j’ai mis votre Cétoine sur le dos pour apercevoir enfin sa saillie mésosternale qui s’avéra être simple, lisse et glabre ce qui m’incita à penser qu’il s’agissait de la Cetonia (Potosia) cuprea décrite par Fabricius en 1775.

Maintenant, je la connaissais mieux votre Cétoine, je pouvais apprécier la simplicité dont Fabricius usa, en tant que bon élève de Carl von Linné, quand il nomma cette espèce non encore décrite. Cuprea, c’était bien vu, mais sans sa saillie mésosternale on aurait pu la confondre avec une autre, dont elle n’aurait été qu’une aberration de couleur. Ah qui dira (moi peut-être ?) la beauté des saillies mésosternales des Cétoines.

Certes, il faut les mettre sur le dos pour pouvoir les contempler et le geste n’est sans doute pas pour leur plaire, il faut aussi un œil exercé pour la découvrir entre les cuisses (cf. de Castelnau et Brullé – Histoire Naturelle des Insectes Coléoptères MDCCCXL, tome premier, planche 6, figure 10) pardons les fémurs (cf. R. Paulian – Faune de France, Coléoptères Sacarabéides 1941, page 6) de la Cétoine. C’est difficile d’employer le mot juste, surtout quand les scientifiques compliquent à plaisir les noms de ce qu’ils étudient ! Je me demande toutefois pourquoi le 6 semble voué à la description des membres des insectes, peut être parce qu’ils en ont 6 ?

Tenebria – Je t’en prie, cesse de replonger sans cesse dans tes passions entomologiques et de t’occuper des chiffres. En 1959 tu avais déjà écrit un poème commençant par « Cendrillon certainement cétoine… » auquel personne n’avait rien compris, et après c’est à moi de fournir des éclaircissements, alors ça suffit !

Paul-Armand Gette

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[Déjanire-Médée : 32] [Déjanire-Médée : 34]

Déjanire-Médée : 32

Cher monsieur Gette,

Devenir arbre sur la terre dure s’ébranle au plus profond de l’être, le sentir soupirer sous les racines.

D’un même élan creuser sa tombe, se sentir plus que vivant.

Sous l’ombre se cache la peau vibrante d’une lumière propre, ensorcelante.

Subitement s’enfoncent les doigts dans la plaie béante exsudant la parole. 

Ce qui n’est pas dit reste, pend au bord de la blessure.

Rouge de toute part, rouge.

Rouge, diamant.

Étincelant de l’intérieur, la peur déborde.

L’œil seul sait d’où part le coup.

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[Déjanire-Médée : 31] [Déjanire-Médée : 33]

Déjanire-Médée : 31

Cher monsieur Gette,

L’arbre, des racines part la force rectiligne d’insondables hauteurs, prendre des bras de bois tout le corps d’un geste puissant.

Avec justesse battre l’écorce en rythme, de plus en plus vite, jusqu’à n’entendre qu’un seul son strident au creux de la fissure.

Le baiser amoureux tendrement posé sur le front d’un entremêlement de profondes pensées se dispersent insensiblement sous le regard apeuré de la nymphe apprivoisée.

Son extrême pâleur.

D’entre ses cuisses projette la tête velu d’un autre être au sommet de son crâne s’échappe une gorge ouverte en trois parties disjointes.

Écrasant de beauté à l’œil velouté, sa frimousse aiguisée darde l’énorme cœur sanglant.

Et mille fois mille chants païens déferlent, s’agrippent à la paroi sèche.

Souvenirs apocryphes d’une histoire caduque par laquelle coule le miel des ans gélatineux, courts et longs silences.

Mesure avec les doigts l’immensité nue ceinte de rubans rouges effilochés luisent à l’endroit même de son sexe multicolore.

L’avenir se retourne contre lui, recommence, crie d’un coup, éclabousse.

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[Déjanire-Médée : 30] [Déjanire-Médée : 32]

Déjanire-Médée : 30

Cher monsieur Gette,

Lors de notre dernière rencontre vous m’aviez fait part de votre intérêt pour ma précédente transformation en arbre, vous vouliez en voir plus.

Je vous propose donc ces nouvelles photographies prises à Sainte Anne. Votre « toucher du modèle » m’a inspirée. J’aime le contact avec l’écorce, j’espère par cette main légère et caressante sur sa surface que l’arbre m’acceptera au niveau de sa blessure.

Voyez-vous mon geste et mon espoir pourrait sembler naïfs, mais ils ne le sont pas, ils sont juste humbles. Vous savez que je ne suis qu’une petite humaine, je ne suis pas une nymphe, hélas. Il faut donc que je ruse si je veux retourner à l’état de nature. Une envie de végétal, d’indifférenciation, du calme avant les bruits.

J’ai collecté des morceaux d’écorce et j’en suis heureuse. Mais c’est si peu en réalité ! Pour qui passe-t-on à collecter ces bouts de rien ? On me dit trop dure avec moi-même. C’est un fait. Mais vous qui me comprenez, semblez comprendre mes obsessions mieux que quiconque, que dites-vous de tout ça ? J’ai honte de l’avouer mais j’ai besoin que vous me rassuriez.

La création isole, je suis d’autant plus isolée que ma pratique n’est pas spectaculaire. J’aimerais tellement être sûre que ce que je fais n’est pas rien. J’emploie ce ton éploré car vous savez à quel point le milieu de l’art est difficile quand on n’en fait pas partie, on n’est pas exposé, on n’existe pas, on se décourage, un véritable cercle vicieux.

Votre intérêt est un encouragement et vos encouragements me sont chers, je vais aussi persévérer dans cette voie, et tenter d’atteindre mon but.   

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