Atelier d’écriture : 7

D’après l’incipit d’un autre participant à l’atelier et choisi au hasard.

A chaque époque, il a du bon et du moins bon, c’est pour cela qu’on n’avait décidé de fêter en grande pompe ce réveillon, oui celui de cette future année qui sonnait à la porte bien poliment avant d’entrer. A l’unanimité plus personne ne voulait de changement maintenant ou plus tard. Le passé aussi devait se tenir à carreau, on gardait un œil et le bon sur lui. Assez de mouvements gracieux ou non. Le programme, la seule bonne résolution de 2050 serait : « STOP ! » Et voilà. On s’était même mis d’accord sur le nom. Comme au Japon où à chaque arrivée sur le trône d’un nouvel empereur ce dernier nomme son règne selon ses futures intentions, ils avaient choisi « STOP ! » pour son côté international. « STOP ! » ça personne n’était censé l’ignorer, le méconnaître. Il était plus connu que les Beatles et Jésus réunis.
Donc une fois la décision prise on se gaverait jusqu’à implosion de nos intestins et l’on boirait jusqu’à explosion de notre unique vessie. Et au petit jour on se dirait au revoir mais au grand jamais « Bonne année ! » La logique l’emportant : si quelque chose pouvait être bonne, elle pouvait tout aussi bien devenir mauvaise. Ceci était inadmissible et en opposition totale avec notre souhait pour cette nouvelle ère qui démarrerait sur les chapeaux de roue, le nez dans le guidon et en l’air en même temps, reniflant avidement pour débusquer la moindre tentative de  modification.
Tout, j’ai dit bien TOUT, devrait perdurer tel quel (non, pas le mouvement littéraire). Le futur s’offrait à nous dans une pose langoureuse et d’un clin d’œil aguicheur nous faisait passer le message : « Le petit radeau gris a perdu sa mère ».  Je répète : « Le petit radeau gris a perdu sa mère ». Voilà, c’était suffisamment clair.
Ceux qui ne voulaient pas comprendre serait boutés hors des six périphériques extérieurs : hors de question de nous embarrasser de tous les troubles fêtes ne lâchant pas le morceau et prétendant que « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. » A cela nous leur rétorquions qu’ « A chaque jour suffit sa peine. » Ils insistaient : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » (Allez dire ça à Socrate !) C’était à ne plus en finir ! Aucun des deux camps ne voulait céder. La guerre totale était déclarée !
Et c’est par une froide nuit d’été que la police avait été mobilisée, réquisitionnée pour accompagner l’armée. Ce cortège militaro-policier munit d’une liste de noms avait brutalement cogné aux portes des « Optimistes de tout bord » et leur avait signifié leur ordre d’expulsion en dehors de Paris la belle, bien loin, où seuls les RER, les transiliens et les TER allaient encore, déversant, vomissant leurs flots continus de tous nouveaux banlieusards qui s’ils avaient su fermer l’orifice qui leur servait de bouche et accepter de bon cœur la doctrine de la Stabilité, de l’Immobilisme et de la Paralysie ambiante, la SIP,   n’auraient pas eu à s’exiler à Pétaouchnok. C’était bien fait pour eux ! Le silence est d’or, le dollar est indexé sur lui et Fort knox en est rempli.

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Atelier d’écriture : 6

D’après Les villes invisibles d’Italo Calvino.

Texte n°1

C’était mieux avant. Qui vole un bœuf vole un œuf. Chat échaudé craint l’eau froide. Jeter le bébé avec l’eau du bain. Faire prendre des vessies pour des lanternes. Qui veut voyager loin ménage sa monture. A bon chat bon rat. La nuit tous les chats sont gris. Parler français comme une vache espagnole. Mettre la charrue avant les bœufs. Entendre les mouches voler. Une porte doit être ouverte ou fermée. L’arroseur arrosé. Un train peut en cacher un autre. Pierre qui roule n’amasse pas mousse. Pousser mémé dans les orties. Devenir rouge comme une tomate. Le diable est dans les détails. C’est le serpent qui se mord la queue. Les arbres ont des racines, c’est bien ; le hommes ont des jambes, c’est mieux. Dieu a trouvé le Liban trop parfait c’est pour cette raison qu’il y a mis les Libanais. Il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Mettre sa main au feu. Il n’y a pas de fumée sans feu. Fumer comme un pompier. En chaque femme sommeille une infirmière. Femme qui rit à moitié dans ton lit. Porter la culotte. Pleurer comme une madeleine. Chacun porte sa croix. Les premiers seront les derniers.

Texte n°2

Assise sur un banc je repense à la ville de mon enfance. Il y a le pays rêvé et le pays réel. Il y a la ville d’antan et la ville présente. Les saisons étaient plus marquées, moins diluées dans le temps. De nos jours on se retrouve en short au mois d’octobre et sans bonnet ni écharpe en janvier. Il y a cette génération qui n’a jamais vu la neige à Paris, la vraie, l’épaisse, celle où l’on enfonçait avec bonheur nos pieds jusqu’en haut de la chaussure, où l’on voyait en se retournant ses propres empruntes nous suivre à la trace. L’odeur de Noël qui me chatouillait le nez dès la mi-novembre a disparu. Le ciel d’un bleu franc et sauvage, sans nuage, et l’air sec et gelé de février que j’aimais tant, tous s’en sont allés, un peu plus vers le nord peut-être. La canicule, ça ils la connaissent. De mon temps, peut-être parce que de 0 à 16 ans je m’absentais de la fin juin à fin août , je n’en avais jamais entendu parlé. La chaleur de Paris est une épreuve pour les hommes comme pour les animaux. Pas de vent pour vous rafraîchir, pas de pluie pour humidifier l’atmosphère. J’étais bien mieux là où j’étais : ailleurs, de l’autre côté de l’Atlantique. Mais dès la mi-août, éloignée de cette ville, elle me manquait, m’appelait sans cesse jusqu’à me tirer vers elle par les voies aériennes. Une fois arrivée à l’aéroport d’Orly ou de Roissy, s’emplissaient mes poumons de cette senteur si réconfortante, me tapant si gentiment sur l’épaule et me saluant comme un vieil ami : « Bienvenue chez toi !»

Texte n°3

Deux demoiselles avec des ombrelles blanches passent. Il faut se prémunir du soleil, la peau tannée par ce dernier fait désordre dans la bonne société. Nous ne voulons pour rien au monde être confondues avec ces paysannes aux jupes toujours trop courtes et mille fois rapiécées, avec leur chemisiers sales où tous les lundis sans exception sont systématiquement mis dans les mardis. Et voilà que le tissu baille pour laisser au regard d’autrui un peu trop de ventre bombé pareil à celui d’un femme enceinte. Pourtant elles n’attendent pas d’enfant, enfin pas pour le moment, mais bientôt, bientôt si Dieu le veut. Elles ont mauvaise haleine comme elle ont mauvais goût, c’est pauvres femmes. Du coup nous évitons de les croiser lors de nos promenades, pour ne pas avoir à nous abaisser à les saluer. Si par malheur l’une d’entre elles s’aventure sur notre chemin, deux options s’imposent : soit nous faisons mine d’être prise totalement dans la conversation avec notre amie au point de ne rien remarquer de ce qui nous entour, soit nous baissons et relevons vaguement la tête pour toute réponse au trop bruyant et familier « Bien l’bonjour mes d’moiselles !» Nous n’allons tout de même pas frayer avec ces femmes-là ! Leur présence seule à notre proximité en ternit le blanc de nos vêtements. Au point où notre femme de chambre, une fois de retour à la maison après notre promenade, se lamentera telle la Vierge Marie sur une descente de croix, la robe serrée entre ses mains, à cause de l’ocre jaune ayant désormais contaminé toute la surface du linge. Chacun ses heures de passage sur les chemins. Nous ne savons toujours pas ce qui pousse la partie suante, puante et haletante de la population  à faire continuellement des allers et retours bras ballants ou  bras surchargés tout au long de la journée sur notre chemin. Nous nous choisirons désormais de petits sentiers bien à l’ombre, de belles prairies fleuries et des arbres centenaires qui nous feront de l’ombre et nous regarderont de haut. Il n’y a bien que de ces derniers que nous tolérons pareille condescendance.

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